CRITIQUE DE LA METHODE

ET MISE EN GARDE

 

 

Serge Wilfart prétend sur son site internet, avoir mis au point une méthode libérant de tensions psychiques et de blocages affectifs par le souffle et la voix. Sa méthode permettrait de soulager les angoisses profondes et de se débarrasser de symptômes psychosomatiques. Peut-on le croire ?

 

Sa méthode consiste à mettre l’élève dans une posture physique très difficile à tenir, tout en lui faisant répéter une série de sons. Il s’agit par exemple de rester plus d’une dizaine de minutes sur les genoux, le tronc arc-bouté vers l’arrière et reposant sur les coudes, tout en levant le bassin le plus haut possible. Une telle posture physique, déjà intolérable au bout de quelques secondes, doit être maintenue quelque soit la douleur, tout en chantant les notes données par l’enseigneur au piano. Dans une telle posture, les sons de l’élève s’apparentent davantage à des cris qu’à du chant proprement dit, cris qui permettent néanmoins de supporter la douleur jusqu’à ce que le cerveau réagisse.

 

En effet, confronté à une douleur physique importante, le cerveau synthétise ses propres analgésiques pour essayer de faire face à cette situation douloureuse. C’est un phénomène qui est, par exemple, bien connu des marathoniens. Alors qu’après plusieurs kilomètres de courses le corps commence à souffrir, le cerveau se met à sécréter massivement des endorphines qui, non seulement permettent au marathonien de transcender sa douleur, mais qui surtout lui procure un profond bien-être, une extase. En effet les endorphines, outre leurs effets antalgiques, ont aussi un fort rôle anxiolytique.

 

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le corps, soumis à un stress physique tel que celui subi dans les exercices proposés par Serge Wilfart, finisse par « lâcher », c'est-à-dire par s’assouplir sous l’effet des drogues puissantes que sont les endorphines. La sensation de bien-être extatique que connaît l’élève une fois l’exercice terminé, est tout à fait caractéristique. Cette sensation est amplifiée au cours de l’exercice par la mélodie hypnotique hurlée par l’élève pendant plusieurs minutes sans interruption: une suite quaternaire de voyelles (« yé yi you ya ») répétée de demi-ton en demi-ton.

 

Ces extases créent à la longue une accoutumance. De tels exercices, exigeant de s’oublier soi-même et de passer outre des seuils de douleur aussi importants, ne peuvent pas être répétés seul et de façon autonome : il faut l’entremise et les injonctions d’une personne extérieure, pour pouvoir s’astreindre à une telle épreuve. Ceci explique que les élèves se soumettent régulièrement à leur enseigneur, afin de revivre l’une de ces extases et de ces détentes corporelles enivrantes.

 

Serge Wilfart considère sur son site internet l’intellectualisation comme stérilisante. Tensions physiques et tensions psychologiques sont certes intimement liées. Mais il serait utopique de croire que des problèmes psychologiques puissent être résolus en s’attaquant aux désordres psychosomatiques dont ils ne sont que l’expression. Même si l’être humain est un animal, il est avant tout un animal pensant, et comme le dit si bien le psychiatre Alain Braconnier avec le titre d’un de ses livres : « tout est dans la tête ». Inciter ses élèves à franchir de nouvelles limites, inconnues, et ce dans un état de semi-conscience en marge de toute symbolisation (verbale ou autre) et de toute conscientisation, est l’antinomie d’une démarche responsable. L'exemple le plus frappant en est la colère. Il est souvent demandé aux élèves de se mettre en colère pendant les exercices. Mais une colère sans objet reste une colère vaine. En cas de réticence de l'élève, ce dernier est incité à  se mettre en colère contre l'enseigneur, alors qu'il ne peut s'agir là que d'un leurre et d'une colère factice... d'ailleurs d'autant plus dommageable que, l'exercice terminé, une entière soumission à l'enseigneur (devrait-on plutôt dire comme le suggère le docteur Bernard Auriol au "gourou"?) est de nouveau pleinement exigée.

 

La méthode de travail corporel très intense proposée par Serge Wilfart, ne prend d’ailleurs aucunement en compte le profil psychologique des élèves, alors que chacun d’eux est pourtant différent. Tous les élèves sont ainsi soumis aux mêmes exercices « sur le tapis ». Quelle méthode peut ainsi se prétendre universelle ? Celle d’un ancien chanteur d’opéra, cette forme de vocalisation si particulière que l’on ne trouve qu’en occident ?

 

Au vue de toutes ces critiques et remarques, nous pensons que la méthode de Serge Wilfart peut déstabiliser des personnes fragiles, qui plus est éventuellement en échec thérapeutique par ailleurs. Le désespoir mène à tout, et malheureusement souvent là où l’on ne devrait justement pas se trouver. Si séduisante que puisse apparaître à première vue l’expérience d’états de transes extatiques, il ne peut s’agir là que d’une démarche extrêmement risquée, qui ne mérite en aucun cas d'être considérée comme du développement personnel, et qui peut encore moins se targuer d'être une « thérapie » qui se passerait de mots. Notre conseil: une démarche à éviter !

 

 

N’hésitez pas à nous faire parvenir vos propres critiques sur la méthode Wilfart à : critique@wilfart.org

 

 

 

 

 

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